L’époque des polders et des digues

En créant des polders et des digues, la main de l’homme depuis le 19e siècle a accéléré le processus d’ensablement. Il faut remonter en 1856 pour comprendre ce qui s’est passé.

Napoléon III crée des polders dans la baie du Mont-Saint-Michel, en 1856.

Napoléon III
Napoléon III

Il désire favoriser l’agriculture, en s’inspirant des polders hollandais. On pensait à  l’époque que ces conquêtes sur la mer amèneraient la richesse publique. Car les endiguements créent des terres les plus fertiles, c’était une théorie de philosophes économiques que l’on appelait les Physiocrates. L’Etat veut attirer les grands capitaux à se diriger vers l’agriculture, car il faut des fonds considérables pour entreprendre ces grands travaux.   

En 1856, il accorde une concession pour la création de 3.000 hectares de polders,  dans la Baie du Mont-Saint-Michel, les travaux seront achevés en 1934. La concession est faite à Messieurs Mosselman et Donon, des banquiers connus dans l’entourage de l’empereur. C’est la Compagnie des Poders de l’Ouest  qui les réalise et exploite les polders.  Elle doit :

 

  • Verser dans les 15 années une redevance de 377.878 F,(Francs de l’époque).
  • Réaliser la canalisation du Couesnon au moyen d’un chenal calibré entre 2 digues insubmersibles dans un délai de 6 ans.
  • Construire vers 1859,  la digue de la Roche Torin, qui devait accélérer le colmatage pour la réalisation des polders, à l’Est du Mont. Cette digue devait atteindre le rocher du Mont-Saint-Michel.
Vue aérienne des polders
Vue aérienne des polders prise en 2011

Qu’est-ce qu’un polder ? Le mot polder est d’origine hollandaise. Il désigne un territoire conquis sur la mer et continuellement défendu contre celle-ci. Le polder doit donc être ceint de digues qui empêchent la pénétration  des eaux extérieures de la mer. Et aucun cours d’eau ne traverse plus le polder, seule l’eau de pluie tombe, le débarrassant du sel. Cette eau est ensuite drainée comme le montre le petit ruisseau sur la gauche de la photo ci-dessous.

Un polder de la Baie du Mont-Saint-Michel
                                     Un polder et son drainage

Voilà le plan des digues en projet, le Mont-Saint-Michel devenait le point d’appui de ces digues !

Le Mont-Saint-Michel point d'appui des digues
                          Plan des digues en projet
                                         Le Couesnon canalisé

Cependant, durant les premières années des travaux des polders, le Mont-Saint-Michel avait conservé son aspect maritime au fond de la baie, qui connaît les plus fortes marées d’Europe continentale.

 

"Gravure du Mont Saint Michel avant 1879, Normadie, France "

La dangerosité de la baie du Mont-Saint-Michel. La faible profondeur des fonds marins explique qu’à marée montante «  la mer monte à la vitesse d’un cheval au galop » . Cette irruption d’une telle masse d’eau sur le rocher granitique suffit à lui donner son nom de « Saint-Michel au péril de la mer ». Vieille appellation des temps jadis, qui a été utilisée durant des siècles dans les récits relatant la dangerosité de la traversée des grèves.

Donc les grèves faisaient partie de la vie des Montois, que cela soit pour la pêche, les allées et venues vers le continent ou la conduite de rares visiteurs. Mais comme nous l’avons vu, la baie peut être dangereuse et les grèves ne sont pas toujours aussi paisibles que ces lithographies peuvent le laisser croire. Au musée d’Avranches un tableau d’E.Baudoux représente une traversée parfois mouvementée avec de grandes frayeurs pour les passagers. 

C’est pourquoi, on envisage un lien permanent entre le continent et le Mont-Saint-Michel : une digue insubmersible !

Aboutissement de la digue-route sur les remparts

Cette digue devait permettre l’accès à la Merveille sans être tributaire de la marée. Un bon objectif en soi. Si ces travaux, pouvaient se comprendre, ils sont vites contestés et deviennent l’intervention humaine de trop ! Cette ultime digue-route parce qu’elle aboutit directement sur les remparts va être l’objet, dès son achèvement d’une vive polémique. On se rend compte plus tard, de la modification de l’aspect esthétique du Mont-Saint-Michel et de la perte de son insularité !

Le chantier de la digue-route commence en 1878. Après le décret d’utilité publique signé par le Président de la République Mac Mahon en 1874, le chantier commence dès 1878. Un chantier moderne à l’époque qui utilise des petits wagonnets sur rails, tractés par des chevaux. On voit un nombre important d’ouvriers, ce sont des travaux rondement menés. On distingue le Mont-Saint-Michel dans le fond sur la gauche.

Digue-route Le chantier de la digue-route en 1878

La digue-route atteint les remparts en juin 1879

 

" Mont Saint Michel arrivee de la digue route sur les remparts"
                           La digue-route encore inachevée
Digue-route du Mont-saint-Michel
En voiture à cheval vers le Mont, sur la nouvelle digue- route.

Ce qui a été réalisé. Les plans des ingénieurs des Ponts et Chausses ont été cependant très bien faits, la digie-route n’a jamais été submergée lors des grandes marées.

Digue-route, largeur 10 metres, 1 mètre au- desus de la mer
La digue-route achevée selon les calculs des Pont- et                                                                Chaussées
" Mont Saint Michel la digue route empeche que le Mont soit une ile"
          La digue-route qui empêche que le Mont soit une île,                         photographiée avant sa destruction, en 2015. 

Le paradoxe de la digue-route.  Elle est combattue par les défenseurs de l’esthétique et de l’insularé du Mont-Saint-Michel. Mais elle va cependant participer au développement du tourisme et contribuer à la réputation du Mont-Saint-Michel dans le monde entier. On va y installer la voie ferrée d’un train.

La construction d’une ligne de chemin de fer. C’est un tramway encore appelé petit train, qui est établi entre Pontorson et le Mont, inauguré à l’été 1901. C’est tout de suite un grand succès ! Mais surtout, on réalise cette voie ferrée avec un écartement de 1,44 mètre comme celui des lignes des grands trains, d’intérêt général, et non pas dans l’écartement métrique de 1 mètre, correspondant à celui des petites lignes. Cela a pour conséquence de faire venir les trains de Paris directement devant les remparts ! C’est l’entreprise d’origine belge, les Transports Verney basée au Mans, qui en a eu l’initiative. Une démarche très marketing !

Train devant les remparts du Mont-saint-Michel
Un grand train garé au pied du rocher du Mont-Saint-Michel, en  1901, c’est un évènement.

Puis c’est le règne de la voiture. Au début de ces années 1900, le chemin de fer est à son apogée, les lignes se sont multipliées. Cependant arrive bientôt le règne de la voiture  qui va  détrôner le rail, comme le montre le premier parking sur les grèves établi en 1926;

Parking devant les rempartsLes voitures prennent possession des grèves devant  le Mont-Saint-Michel en 1926.

Et le succès touristique du Mont-Saint-Michel va se poursuivre après la Deuxième Guerre Mondiale, avec le développement de la voiture moderne et le classement du site au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979.

Parking sur les grèves, des cars
Image du développement du tourisme, ce parking de cars sur les  grèves au pied des remparts.

Une prise de conscience naît : il faut sauver le Mont-Saint-Michel !  En effet, on parle du Mont ensablé, des grèves qui ont perdu leur aspect naturel, du Mont défiguré par le tourisme de masse. Il faut faire quelque chose, c’est le début d’une lente réflexion depuis la construction de la digue-route, le Mont-Saint-Michel est victime de son succès. Grâce à des grands travaux on va Rétablir le Caractère Maritime aux abords du rocher, c’est ce que vous allez découvrir en cliquant sur les pages suivantes du site.